La truculente maire de la Commune d’arrondissement de Bangangté, dans le département du Ndé, région de l’Ouest Cameroun, est poursuivie pour «abus de biens sociaux» par son cousin Célestin Ketchanga. Plus d’un milliard et demi au cœur du scandale. Le Tribunal de première Instance de Douala – Bonanjo vient de rouvrir le dossier.Ils se sont une fois de plus retrouvés au Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo. Eux, ce sont les avocats des différentes parties impliquées dans « l’affaire Queen fish ». Le 1er novembre dernier, ils devaient une fois de plus soumettre leurs arguments devant une collégialité constituée de trois juges. Mais l’affaire a été renvoyée au 03 janvier 2019, à la demande du conseil de Mme Célestine Ketcha épouse Courtès, malgré l’insistance des avocats de Célestin Ketchanga. Une décision qui a irrité le sénateur Ketchanga qui a passé plus de 6 heures de temps dans les couloirs du tribunal dans l’attente de l’ouverture du dossier. Quelles sont les raisons de cette demande? Les spéculations vont bon train. Mais certaines langues laissent entendre que cette décision pourrait trouver son explication dans l’actualité brûlante du Cameroun.

Notre pays vient en effet de connaître une haletante élection présidentielle et comme après chaque élection il est loisible pour le président de la République nouvellement élu de redistribuer les cartes, certains pontes du système et de la machine électorale du Rdpc espèrent être portés au gouvernement. A Bangangté, il se susurre justement que Dame Courtès caresse secrètement le doux rêve de faire partir des rares privilégiés qui pourraient bénéficier de la confiance du chef de l’État. Surtout que Marcel Niat Njifenji, le président du sénat n’est pas très en forme (on a d’ailleurs constaté qu’il n’a pas assisté à la cérémonie solennelle d’ouverture de la session budgétaire du mois de novembre au parlement) et que Jean-Claude Mbwentchou serait peut-être en disgrâce pour rendement insuffisant. Dans quelle mesure cela pourrait être possible quand on connaît le lourd passif de dame Courtès qui reste toujours dans les dédales de la justice camerounaise. Ce qui a même parfois fait grincer les dents au sein de l’establishment. Ses déboires judiciaires ne pourraient-elles pas déteindre sur ses ambitions politiques ? On n’en sait pas trop. Parce que entre ce qui est dit et la réalité dans la gouvernance du président Biya, le fossé est parfois criard. A contrario, cela constituerait-il une raison suffisante pour renvoyer le procès ? Nous le saurons certainement un jour. Mais en attendant que cela arrive, les choses elles continuent à avancer. Bien qu’étant insatisfaits, le conseil de Célestin Ketchanga ne pourra qu’attendre le 03 janvier 2019 pour sortir tout ce qu’il a dans le ventre.

Selon nos informations, le dossier «Queen Fish» pourra ne pas mettre pas long sur la table des juges. Car, il a simplement été renvoyé à leur niveau par les juges de la Cour suprême pour que des clarifications soient apportées sur la décision qui a été rendue le 08 janvier 2015 devant la Cour d’appel du Littoral. Mais attendant, la réouverture de « l’affaire Queen fish », il est tout aussi intéressant de revenir sur ce fameux dossier qui a fait couler beaucoup d’encres et de salive.

Affaire Queen Fish

La maire de la commune d’arrondissement de Bangangté, dans le département du Ndé, région de l’Ouest Cameroun, avait été reconnue coupable d’ «abus de biens sociaux» le 08 janvier 2015, par la Cour d’appel du Littoral dans le cadre de l’affaire l’opposant à son cousin Célestin Ketchanga, par ailleurs ancien député et aujourd’hui sénateur suppléant nommé par le chef de l’Etat. Condamnée à un an d’emprisonnement avec sursis et invitée à payer 15 millions de Fcfa en réparation du préjudice moral (la liquidation de l’entreprise de distribution de poissons «Queen fish» étant encore pendante au tribunal, la cour d’appel avait jugé «précoce» la question des dommages et intérêts), Célestine Ketcha Courtès s’était pourvu en cassation. C’est donc cette décision qui a été cassée par la Cour suprême à cause de certaines imprécisions observées dans le jugement qui avait été rendue par la Cour d’appel du Littoral. L’affaire devrait donc en principe être réexaminée le 03 janvier 2019.

En effet, le jugement rendu le 08 janvier 2015 confirmait en partie celui rendu par le tribunal de Grande instance de Bonanjo à Douala, le 03 juillet 2011. En instance, cette juridiction avait reconnu le maire coupable d’abus de bien sociaux et sommé Célestine Ketcha Courtès de payer 600 millions de F CFA à celui qui était encore député du Wouri Est. La peine d’emprisonnement d’un an, prononcée à l’époque, a été maintenue par la cour d’appel du Littoral.

«En ce qui me concerne, ce n’est qu’une étape de ce procès et j’irai jusqu’au bout pour sauvegarder mon honneur», avait confié la maire de Bangangté dans le quotidien Mutations, édition du 12 janvier 2015. Après deux jugements défavorables, Célestine Ketcha Courtès et ses avocats se sont pourvus en cassation auprès de la Cour suprême du Cameroun.

A l’origine

Le 17 juin 2008, Célestin Ketchanga a fait citer dame Célestine Ketcha épouse Courtès devant le Tribunal de Première instance de Douala-Bonanjo, statuant en matière correctionnelle pour répondre des faits d’abus de biens sociaux ou de crédit. Pour soutenir son action, Célestin Ketchanga fera valoir que c’est lui qui a créé la société dénommé Barneville Fish Company SA. Pour sa gestion, il a détaché la directrice général de l’une de ses multiples sociétés, ABC pour la nommer. C’est ainsi que Célestine Ketcha épouse Courtès va aller s’installer dans les bureaux de cette nouvelle société dans les entrepôts du Port autonome de Douala. L’appétit venant en mangeant, elle usera de subterfuges pour détourner ladite entreprise. Pour cela, elle usurpera le sigle de la société Queen Fish Company SA (QFC), en falsifiant les documents administratifs. Après avoir créé sa propre société avec le même sigle, Queen Fih Cameroon (QFC), elle va réussir grâce à des manœuvres dignes de la mafia sicilienne, à obtenir la location des entrepôts au nom de Queen Fish Cameroun, faisant croire au directeur général du Port autonome de Douala que les deux sociétés forment en fait une seule. Passée cette étape, elle va expulser les représentants de Barneville Fish Company SA et enlever les enseignes et sigle de la Société Queen Fish Company SA, puis tenter un passage en force en obtenant auprès du Tribunal de Grande instance du Wouri, la liquidation de ladite société par jugement du 5 juin 2008.

Trois mois après, va donc débuter un long procès qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Affaire à suivre.

Clovis Tchatat

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