Par Thierry NYOPE

Aphones pendant de longues périodes, les partis politiques dits de l’opposition se remettent à fourmiller à l’approche des consultations électorales. Mais pour quel résultat, au moment ou le parti au pouvoir semble avoir occupé toute la scène politique ?
Les antennes des radios, les colonnes des journaux et les plateaux de télévision grouillent de plus en plus de politiciens. La raison est fort simple. Le Cameroun s’apprête à vivre une étape importante de sa vie, l’élection présidentielle qui aura lieu le 07 octobre 2018. Période charnière, les sujets ne manquent pas pour alimenter les chroniques et meubler les plateaux. Arguments ou pas, chaque leader de parti politique veut apporter sa contribution au débat. L’essentiel étant de se faire entendre pour marquer son existence. Mais cela suffit-il à faire le poids face de la lourde machine du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) qui a décidé de ratisser large depuis quelques mois à travers une pléthore de meetings ? Assurément non ! Car, les leaders des partis politiques de l’opposition peinent encore à trouver la symphonie qui pourrait réveiller les Camerounais embastillés dans les campagnes propagandistes du parti au pouvoir qui a su exister pendant que ces derniers se complaisaient dans leur aphorisme rétrograde qui consiste à marteler sur tous les toits qu’ils n’ont pas de moyens, entendez moyens financiers, pour mettre en branle toute leur politique. Comme-ci on avait dit que la politique était un champ réservé aux pauvres.

Aphones
Que sont devenus les partis politiques qui avaient nourri d’espoir le peuple lors de la dernière élection présidentielle ? Pas grand-chose ! Depuis le début de l’année 2018, l’Union démocratique du Cameroun (UDC), malgré son acception régionaliste, a renoué avec ses vœux à la presse, et puis plus rien. Le Mouvement des écologistes camerounais, après sa dernière tentative, est aussi entré en hibernation. Il en est de même de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) de Bello Bouba Maïgari qui s’est limitée à gérer son alliance avec le Rdpc au gouvernement. L’alliance des forces progressistes (Afp) a quant’ à elle essayé de bouger en interne avec un léger frémissement à la tête de son directoire. Mais faute de réelle représentation sur le terrain, le parti politique que contrôle désormais Alice Sadio s’est contenté d’une alliance avec le Mouvement Now du bâtonnier Akéré Muna qui, depuis le déclenchement de la crise anglophone au Cameroun, s’est trouvé une âme de gladiateur déterminé à déloger le président Paul Biya. Pour ce faire, il s’est attaché les services de certains journalistes qui, épousant l’ère du temps ont envahi les réseaux sociaux et les plateaux de média. A ceux-ci, viennent s’ajouter Joshua Osih qui est venu apporter un souffle nouveau au Sdf de Ni John Fru Ndi, Maurice Kamto du Mrc et le jeune loup aux dents longues, Cabral Libii qui s’est investir, faute de parti politique propre au parti Univers du Prof. Kouou Mvondo également plus actif sur les plateaux de télévision que sur le terrain politique aux côtés de sa base militante.
En dehors de ces rares exemples, l’opposition camerounaise est amorphe et aphone. Pourtant, on se serait attendu à un frémissement au regard des programmes qui avaient meublé la présidentielle de 2011. Bien plus, Victorin Hameni Bieleu (Ufdc), Hubert Kamgang (Upa), Garga Haman Adji (Add), Boniface Forbin (Jdp), Jean Michel Tekam (Rc), Jean Jacques Ekindi (MP), Ekane Anicet (Manidem), Nyamdi George (Sic), Justin Mouafo (Npc/Bush), Djeukam Tchameni (Mdi), Black Albert Yondo Madengue (Mnsd), tous de l’expédition de 2004 ont totalement disparu de la scène politique camerounaise, limitant parfois pour quelques rares parmi eux, leurs formations à leur seule personne et à quelques rares sorties médiatiques à la suite d’une invitation, le temps d’une émission. Certains d’entre eux que nous avons pu rencontrer brandissent leur indigence financière pour se défendre face aux diatribes qui sont avancées à leur encontre.
Pour Anicet Ekane, ancien président du Manidem, les Camerounais ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes pour être restés jusqu’à présent comme les spectateurs de leur destin. «La situation dans notre pays est si grave, la crise économique est si profonde, les problèmes sociaux sont si graves qu’on se serait attendu à ce que les Camerounais eux-mêmes prennent leur destin en main. C’est-à-dire, qu’ils s’organisent dans les mouvements sociaux, ensuite politiques pour changer la situation au Cameroun. C’est facile de penser que la faute revient aux responsables politiques et aux organisations politiques. Mais encore faut-il que, malgré tout le travail que ces organisations font, malgré la situation du pays, qu’il ait un écho, qu’il ait l’adhésion des Camerounais à cette demande.» Souligne-t-il. Que faut-il faire donc face à ces insuffisances ?

Leurre d’un candidat unique

Les deux dernières expériences (2004 et 2011) se sont avérées être un échec à cause des intérêts égocentriques des uns et des autres. On se souvient qu’à la veille de l’élection présidentielle de 2004, l’opposition camerounaise, dans un souci d’évincer Paul Biya à la tête de l’Etat s’était mise d’accord sur une candidature unique. La procédure de désignation avait alors été arrêtée. Des critères de choix à respecter identifiés. Quinze au total parlait-on, dont 4 proposés par le seul Sdf. Ce qui revenait à dire qu’en cas de mésentente, ces critères devaient départager les différents candidats. Sanda Oumarou, Marcel Yondo, Noucti Tchokwago, Adamou Ndam Njoya et John Fru Ndi étaient en lice. Celui qui apparaissait au départ comme le candidat unique de l’opposition était devenu celui d’une petite poignée de partis politiques. La candidature de l’ancien ministre de la Défense, puis des Finances et Pca de la Camair avait même été avancée, installant une confusion au sein de la population. Mis en minorité à l’heure du choix, John Fru Ndi claqua la porte. Il venait d’être battu par le leader de l’Udc et dénonça un complot ourdi par Hogbe Nlend, Issa Tchiroma et autres. Sept ans après, cette option n’a pas été envisagée toujours à cause des intérêts égocentriques. En 2018 cela pourra-t-il être envisageable ? Du moins pour les huit formations politiques de l’opposition retenues par Elecam ? Au sein de l’opinion nationale et internationale on suppute.

Controverses

Selon certains observateurs de la scène politique, la seule issue favorable pour l’opposition camerounaise est la candidature unique. Parce qu’en son sein, on ne trouve pas une seule personnalité susceptible d’incarner la rupture et le changement, et d’apporter de véritables réformes structurelles devant permettre un véritable redressement économique et politique du Cameroun en proie ces dernières années à des menaces sécuritaires qui mettent en mal sa stabilité. De même, la pseudo «société civile» camerounaise ne regroupe en réalité que des politicards qui, conscients certainement du discrédit grandissant des partis politiques dans l’opinion nationale, préfèrent se camoufler dans ce nouveau concept bien à la mode chez nous. Faire de la politique, vouloir gouverner, ce n’est pas seulement critiquer. C’est aussi et d’abord avoir un projet de société à proposer au peuple. C’est l’adhésion du peuple à ce projet qui conduit au pouvoir. A partir du moment où l’on parvient à cette adéquation, aucune dictature quelle qu’elle soit ne pourra résister à la volonté de changement du peuple. L’opposition a tort de présenter le pouvoir en place comme étant en déliquescence. C’est faire preuve d’une totale ignorance de la situation politique et sociale au Cameroun. Le Rdpc est actuellement le parti le mieux implanté et le mieux structuré au Cameroun à l’heure actuelle. On peut dire que c’est le premier parti en nombre de militants et de partisans, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Toutefois, il demeure minoritaire en termes de voix pour remporter à lui seul une élection. Néanmoins, sa position dominante dans l’échiquier politique camerounais fait que le soutien de tout petit parti politique lui donne la majorité et lui permettra de gagner les élections. Et les thuriféraires du régime l’on bien compris. C’est la raison pour laquelle, ils multiplient des stratégies pour fragiliser davantage l’opposition camerounaise en multipliant en son sein des coalitions et des alliances qui n’aboutiront à la fin qu’au partage du gâteau national.
Alors si le peuple qui reste en dépit de tout cela largement majoritaire, veut que le pouvoir change de mains, il n’a qu’à aller voter massivement le candidat de la majorité de l’opposition (s’ils réussissent à accorder leurs violons, ce qui n’est pas impossible), ou le candidat ou les candidats de leur choix. Mais parti sur cette base, le Rdpc est sûr qu’il gagnera cette élection avec une majorité confortable.

 

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